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Philippe Grauvogel

Hautboïste / L’art du détournement

Création de à plume éperdue (2015) de Heinz Holliger, pour soprano, flûte, cor anglais et violoncelle, le 23 août 2015 au festival de Lucerne, au KKL.

Nous étions au cœur de ce que j’aime : une création d’une œuvre de musique de chambre, commandée par le Festival de Lucerne pour une journée hommage à Pierre Boulez dans le cadre de l’Académie du festival (créée justement par Boulez). Une œuvre, qui plus est, de Heinz Holliger, compositeur de premier plan et l’un des plus grands virtuoses que le hautbois ait connu.

Nous avons travaillé l’œuvre avec Holliger en personne – une perspective pour le moins intimidante pour le hautboïste que je suis. Au début, je n’en menais pas large, mais l’ambiance s’est très vite détendue et nous avons ri comme rarement. C’est un homme hors du commun, et je crois qu’il a été très heureux du résultat. Cette rencontre est restée pour moi un moment privilégié.

En tant que hautboïste, j’ai pu admirer l’art de Holliger pour détourner l’instrument, avec des effets et des bruitages dont je ne soupçonnais pas l’existence : sons gutturaux, slaps sans anches, résonances étranges… Parfois, ne sachant pas comment réaliser certains sons, je lui posais la question. Il répondait invariablement « C’est facile ! », puis prenait le cor anglais et produisait un son complètement détonant, déclenchant un éclat de rire collectif. Il a tellement travaillé l’instrument qu’il en possède une maîtrise proprement vertigineuse.

Portrait de la galerie photos © Elisabeth Schneider  / Photo ci-contre © Jean Radel